Ivresse des profondeurs.

Ecrire, c’est hurler sans bruit.

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Montparnasse.

L’orage gronde, mes cheveux caressent mon cou, je regarde autour de moi, les tombes sont semblables, toutes, avec quelques unes plus prestigieuses que d’autres, je suis perdue autour, l’averse inonde nos corps, mon cœur se serre, je cherche la tombe désirée, encore, et encore, je regarde mes brodequins gris de poussière, je soupire, paniquée. Où est-il ? Je voudrais le voir, un instant j’oublie encore la pluie, l’orage et je m’imagine assise, reposée près de sa tombe, fermant les yeux, l’imaginant à mes côtés maintenant. Mais un cri me tire de ma rêverie, je me retourne, il pleut des torrents, je meurs de froid, il me faut partir. Le ciel est gris et je dois rentrer. Je regarde une dernière fois autour de moi, je le sais présent, je le sais là, à côté. Des années que j’attends ce moment. Moment perdu.

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Baiser raté.

Il tient mon visage entre ses deux mains, sans trop forcer, sans trop feindre, nos regards sont ancrés l’un dans l’autre. Il sourit au début, puis son sourire se fane, le mien aussi. Il y a quelques voix, quelques interrogations, mais nous ne en préoccupons pas. Je continue à regarder ses yeux, y découvre mille et une nuances, je m’y perds, je n’ose plus tourner le regard. Il me murmure quelques mots, je l’interroge du regard. “Dis moi ce que tu vois.”
Ce que je vois ? Une belle forme en amande, un blanc des yeux parfait, un contour de l’iris très noir, des yeux verdâtres, et juste avant la pupille, un marron virant à l’orange. Des yeux attirants, des yeux à s’y perdre, au contour si fin qu’ils passeraient pour féminins. 
Je reste silencieuse face à la question, mais mon esprit travaille, j’enregistre cette beauté et cette proximité en moi. Je débite quelques paroles, silencieuses. Car les choses passent mieux par ce regard intense, plutôt que par nos lèvres, tremblantes. Je dis distinctement enfin; “Et toi, que vois-tu ?”
Il sourit, je sens ses traits se détendre, je le sens déglutir. “Je vois des yeux rouges, avec un iris marron. Au soleil, il a l’air noisette, avec le contour noirci. Et de petites pupilles, où j’arrive à voir mon reflet.”
Je souris, moi aussi j’arrive à y voir mon reflet. Ses mains sont toujours de part et d’autre de mon visage, et petit à petit, son emprise devient plus ferme. Je le regarde, troublée. Il ferme les yeux, inspire, je murmure qu’il n’avait pas le droit de fermer les yeux. Qu’il évitait mon regard qui devenait perçant dès lors. Il sourit encore, toussote, prétend qu’il avait mal aux yeux. Il me regarde enfin, son menton légèrement barbu caressant le mien. 
On nous appelle, il les ignore, moi non. Je baisse la tête et balbutie quelques paroles inintelligibles. Ses mains lâchent l’emprise, il inspire.
“Tu as raison”. 

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Un regard peut être aussi violent qu’un parfum, il vous ramène tant d’années en arrière, quand tout est possible, quand on est encore acteur de ce monde, quand le rêve est à la portée de main. un visage, et ma mémoire s’embrase à n’en plus trouver le repos. J’ai aimé les femmes, j’en ai fait des créatures irrésistibles. Chaque fois que l’une d’elles pose une goutte de mon parfum derrière son oreille, c’est un peu de moi qui l’accompagne dans le monde. Ça devrait me suffire. Louise s’amuse, là-haut. Elle rit, elle danse, elle boit, elle joue de toute sa séduction. Et c’est moi qui, demain, aurai un réveil pénible.
Tonino Benacquista - “Nos gloires secrètes”, Le parfum des femmes

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Je ne suis pas faite pour “le beau monde”.

Riante au milieu du monde mondain, où dansent robes aux mille couleurs, chemises au mille teintes, essayant de m’adapter à un univers étranger, mon regard se fixa sur son visage oisif, mais charmant. Soudain tous les rires élégants, les danses snobs s’éteignirent dans mon esprit. Je ne voyais que son corps perdu, ses douleurs très apparentes, mais son air joueur toujours. Nous flirtions, jeux de regard, il me souriait, se mordait la lèvre, buvait encore et encore. Mais dans ses yeux, une douleur infinie. Ma tête tournait, je ne supportai plus beaucoup le bruit, je me levai et sortis profiter un peu de l’air frais; il me rejoint, une cigarette aux lèvres. Il boite, me demande si je désire fumer. Je regarde longtemps cette cigarette brûlée, et je refuse avec un sourire. Il a dû le prendre mal; il s’écarte légèrement, les traits du visage durcis. J’ai envie de lui parler, de lui demander ce qu’il y a, je sais que ni lui ni moi ne sommes à notre place. Les fêtes galantes, ce n’est pas pour nous. J’ai juste vu la mer, noircie par la nuit, et les personnes allant et venant; c’était là que je voulais être. Je rentrai, les gens dansant encore, les robes volantes, les chemises déboutonnées. Je m’assois, je les regarde en souriant distraitement, je ferme les yeux un instant, essaye de faire le vide. Je regarde l’homme une dernière fois, son dos contre le balcon, sa cigarette entre les lèvres, son regard fixé contre le mien.

Je me lève, et danse. 
Faire semblant.

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Reconstitution et cheminement.

Il y a une porte bleue qui s’ouvre, il y a un soleil qui s’abat sur mon visage, me grille la peau. Il y a un léger vent qui vient rafraîchir mon corps, il y a une fille qui vient me demander de rentrer avec elle. Il y a les sourires polis pour dire non, il y a deux hommes qui me regardent du coin de l’œil, il y a le sourire pudique. Il y a la pente dévalée tête basse, il y a les ongles rongés d’une seule main, il y a la démarche masculine, il y a le clapotis du porte-clé, il y a mes pieds qui dansent sur les dalles un après l’autre, il y a l’homme qui drague (très mal), il y a la musique oubliée, il y a les mots répétés dans mon esprit, il y a mes mains chaudes et veineuses, il y a les adolescents puérils qui rient dans un coin, il y a mon regard méprisant, il y a le charmant gendarme qui me sourit, il y a mon sourire que je lui dévoile, il y a le soleil qui s’abat sur mon visage encore. Il y a la fatigue qui se sent davantage, il y a ce chemin toujours aussi long, il y a la lettre que je tiens dans ma main, il y a les bagues qui claquent contre mes doigts, il y a la lettre que j’ouvre encore, il y a les mots relus pour la centième fois, il y a la boule dans la gorge et la culpabilité. Il y a un regard crispé, il y a les rayons qui me brûlent les yeux, il y a mes cheveux qui volent au vent, il y a l’ancien ami que je rencontre et qui feint de m’ignorer, il y a moi qui fixe l’autre côté. 

Et soudain, il y a un instant de vide absolu,il y a moi qui traverse d’un côté, il y a un homme de l’autre. Il y a ses yeux clairs sur mes yeux sombres, il y a son sweat saumon sur ma chemise bleue, il y a son corps approchant du mien, il y a son sourire doux sur le mien émerveillé. Il y a un moment d’arrêt, il y a ma tête baissée, il y a son parfum que j’arrive à sentir, il y a effleurement de corps, il y a ses cheveux bruns contre mes cheveux blonds. Il y a une séparation des corps étrangers, il y a un dernier regard en arrière. Un dernier sourire. 

Il y a un beau désastre.

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Comfortably Numb.

Il y a beaucoup de bruits dans cette salle, des rires, des cris, des bavardages. Je reste calme, dans mon coin, assise, guettant l’écran de mon téléphone, espérant qu’un miracle se produise. J’entends mon nom, je lève la tête. C’est elle. Levée, préparée, elle me demande de l’accompagner pour prendre un peu d’air. Je suis surprise par sa demande, je me lève, range mon téléphone, la suis. Dehors, le silence parfait, tellement parfait qu’il devient éloquent, je suis gênée, et elle décontractée comme toujours. Je la regarde du coin de l’œil, j’admire sa beauté composée par sa simplicité la plus complète. J’envie toute l’attirance que son corps dégage, et je me sens soudainement ridicule, les mains dans mes poches, le jogging large. Je soupire, je regarde un pigeon roucouler au loin, elle est à côté toujours, s’approche, nous marchons dans le silence animé par les feuilles d’arbre dansant avec le vent. Elle s’allonge sur un banc, et moi je m’assois près d’elle, je la regarde, médusée. Nos regards se croisent, elle rit et me demande pourquoi je la regarde. Je rougis, je fixe mes converses et me tais. Un homme vient nous rejoindre, il s’assoit près de moi, et aucun de nous trois n’oseparler. Il me chuchote quelques paroles, je ris, il sourit. Elle se lève, s’assoit en face de moi, allonge ses jambes dans ma direction, le sourire s’évanouit de mes lèvres, elle me transperce du regard, et déchire soudainement le silence en me posant questions intimes et infiniment personnelles. Je la dévisage, je sens l’homme près de moi se raidir, mal à l’aise. Je ne lui réponds pas, je n’arrive pas à retirer mon regard du sien, les questions pleuvent, toutes aussi osées les unes que les autres. L’homme près de moi tousse légèrement, mais rien ne l’arrête maintenant, elle. Il se lève, dit que finalement, il avait quelque chose à faire, se retire lentement, sans même que je fasse attention à lui. “A quoi tu joues ?”, ai-je envie de demander à cette fille. Tout ce que je trouve à faire, c’est répondre à toutes les questions posées. Avec un peu de retard certes, mais aucune question ne fut évitée. Elle me sourit, se lève, me demande de l’accompagner pour faire un tour. Cette fois, j’arrive à avoir un peu de recul, je souris sarcastiquement. "Non". Elle me rend ce faux-sourire, et s’en va me laissant assise là, les mains dans mes poches toujours, la regardant s’éloigner avec désappointement.

Classé dans mes écrits pink floyd numb comfortably numb regards